Interview de Nicolas Dumont le psychologue qui s'intéresse aux abductés

 

Interview par Paul Douard et publiée le 14 novembre 2018.

 

« Ce n’est pas une expérience hallucinatoire ou spirituelle. À chaque fois, il y a des traces corporelles et l'apparition de facultés exceptionnelles telles que la guérison ou la clairvoyance », m’explique Nicolas Dumont, psychologue clinicien français, depuis le jardin de sa maison du Loir-et-Cher. L’homme ne me spoil pas la saison 3 de Stranger Things mais me raconte ce que vivent certains des patients qu’il reçoit depuis plus de trois ans dans son cabinet. Si un Français sur trois a déjà fait appel à un psychologue au cours de sa vie, tous ne s'y rendent pas pour régler leurs problèmes de couples ou de dépression. Les patients de Nicolas Dumont pensent quant à eux s’être fait enlevés par des extraterrestres. Et pour le psychologue, il arrive que les éléments présents laissent penser qu’il s’est véritablement passé quelque chose. Il parle alors d’abduction, terme anglais utilisé par la communauté ufologique pour désigner « l'enlèvement d'une personne par des entités non humaines ».

 

Nicolas Dumont n'est pas le premier à travailler sur ce thème. John Edward Mack, ancien psychiatre et professeur à Harvard, a passé une partie de sa vie à étudier ce phénomène. Il a suivi près de 200 cas d'humains qui pensaient avoir été abductés par des extraterrestres. En 2003, il expliquait lors d'une interview : « Lorsque vous parlez à un psychotique qui vous raconte quelque chose qui ressemble à une psychose, vous sentez que ce n'est jamais arrivé […] Il n'y a rien de comparable ici. Ces gens sont des personnes saines. […] Ils se posent plein de questions, ils doutent d'eux-mêmes. Mais ils décrivent une expérience réelle et intense, une lumière, quelque chose que l'on fait à leur corps. » Dans une démarche similaire, Nicolas Dumont cherche à poursuivre ce travail en France. Il y a deux ans, nous nous étions brièvement parlé à la suite de ma rencontre avec quatre abductés français. Aujourd’hui, j’ai voulu revenir avec lui sur son travail et les patients qu'il reçoit.

 

VICE : Bonjour Nicolas, combien avez-vous de patients qui pensent s’être fait enlever par des extraterrestres ?

 

Nicolas Dumont : Je travaille sur le phénomène depuis quatre ans. Déjà, tous ne viennent pas en disant "J'ai été enlevé par des extraterrestres" mais beaucoup se posent des questions. J’ai reçu une centaine de patients, tous français, qui présentaient les caractéristiques d’une abduction. J’ai un suivi très régulier avec cinq d’entre eux depuis plusieurs années. L’une d’entre elle, Sonia, vit des enlèvements depuis toute petite.

 

Comment procédez-vous lorsqu'une personne se présente à votre cabinet en affirmant qu’elle a subit une abduction ?

 

J’ai une double démarche. D’abord un diagnostique pour comprendre à qui je parle. Une personne est avant tout une personnalité et une culture bien précise. Son contexte culturel et son approche du monde sont capitale dans la démarche. Ensuite, je suis dans une phase d’exploration avec elle. L’objectif est clarifier sa demande. Certains veulent comprendre ce qui s’est passé, d’autres l’arrêter et bien sûr nombreux sont ceux qui veulent être tout de suite estampiller abduction. Beaucoup me demandent l’hypnose, mais ça ne fonctionne pas toujours.

 

Du coup, quelles sont ces caractéristiques qui vous laissent penser à un tel évènement ?

 

Ces personnes se racontent souvent s'être fait réveillés au milieu de la nuit et sont paralysés. Elles voient des êtres non humains autour d’eux, soit dans leur appartement, soit dans un lieu extérieur qui peut être un vaisseau. Parfois les deux. Certains ont l’impression de n’avoir rien vécu et se réveillent dans leur maison en pensant que c’est le matin, mais cela fait 48 heures qu’ils avaient disparu. On parle ici de missing time, c’est très fréquent. Le cas le plus connu est celui de Betty et Barney Hill en 1966.

 

« Il y a également les petits gris, qui eux sont particulièrement invasifs et dénués de toute empathie. Ce sont les pires, car leur froideur est bien souvent traumatogène. »

 

Ensuite, quelque soit la culture dans laquelle vous vous trouvez, les mêmes éléments reviennent. Presque systématiquement, mes patients me parlent d’une table froide, d'êtres bien précis et d'un contact par télépathie. Ce sont ces récurrences qui peuvent déjà orienter ma réflexion et former un début de réponse si la personne a vécu quelque chose ou non. Bien souvent, il y a l’apparition de nouvelles capacités. Certains peuvent sortir de leur corps, d’autres acquièrent des dons de guérison. Et bien sûr, la plupart ont des traces sur le corps.

 

Vous parlez « d'êtres ». Existe-il plusieurs races d’extraterrestres qui essayent de nous contacter ?

 

Après plusieurs années de recherches et d’entretiens, je suis persuadé qu'il y plusieurs races d’extraterrestres. Il y aurait les réptiliens qui tantôt provoquent la terreur, tantôt une forme d'amour. Viennent ensuite les humanoïdes blonds qui sont très grands et très paternels. Les patients se sentent bien en leur présence. Il y a également les petits gris, qui eux sont particulièrement invasifs et dénués de toute empathie. Ce sont les pires, car leur froideur est bien souvent traumatogène. Certains patients relatent aussi des contacts avec des formes insectoïdes et les perçoivent comme une entité supérieure, ceux qui dirigent.

 

Je vois. Quel est le profil des patients abductés qui viennent vous consulter ?

 

Dans une grande majorité des cas, je suis en présence de maltraitance infantile accompagnée de carences affectives profondes. Bien sûr, c’est tout suite utilisé par les sceptiques qui font un lien immédiat entre un traumatisme pendant l'enfance et ce qu’ils pensent avoir vécu. Alors que ça n'a rien à voir.

 

Pourquoi ? Quelle est votre hypothèse ?

 

Je pense que ces personnes qui ont été abusées par le passé ont en quelque sorte contacté l’altérité au sens fort. C’est ce que Sandor Ferenczi expliquait par la « confusion des langues ». L'expérience passée a créé un choc ontologique. On peut comparer cela à sortir dehors après avoir été dans une pièce sombre. Quand on a connu une intrusion tel qu'un viol, on est malheureusement mieux préparé que les autres à vivre ce type de contact terrifiant.

 

Comment vivent-ils « l'après » ?

 

Ce qui m’intéresse, c’est le lien particulier qui va se créer entre l’abducté et ces êtres. Ils vont pouvoir sentir à l’avance les prochaines abductions. Il s’agit, selon moi, d’un processus initiatique, ce que Carl Gustav Jung appelait « le chemin d’individuation ». Après une telle expérience, il y a un basculement du moi au soi. Votre centre de guidance dans la vie n’est pas la personnalité, mais ce mystère en nous, quelque chose de plus grand en somme. La personne sort alors d’une vision individualiste et acquière une conscience plus vaste. Il y a un éveil du cœur.

 

« Je n’ai pas de peur de ma réputation, je veux comprendre et aider ces gens. D’autres psychologues ont peur d’en parler à des collègues. Je n’ai rien à me reprocher car je traite cela avec les outils de la psychologie clinique. »

 

J'imagine que ça ne doit pas être évident de traiter un tel domaine au sein de la communauté médicale et scientifique française…

 

Il y a des gens qui vivent des expériences extraordinaires, comme sortir de leur corps. C’est ainsi. Et il y a les abductés. Je n’ai pas de peur de ma réputation, je veux comprendre et aider ces gens. D’autres psychologues ont peur d’en parler à leurs collègues. Je n’ai rien à me reprocher car je traite cela avec les outils de la psychologie clinique. Bien sûr, je rencontre beaucoup de réticence – mais il m’arrive aussi de rencontrer de l’ouverture d’esprit. Je ne cherche qu’à dialoguer. Ceux qui ne veulent pas en entendre parler n’ont tout simplement jamais regardé le dossier.

 

Et vous, avez-vous déjà vécu une expérience comme celles de vos patients ?

 

Lorsque j’étais jeune, j’ai vu un OVNI. Sauf que j’avais complètement mis au placard ce souvenir,. Ça a ressurgit il y a trois ans et ça s’est présenté comme un plasma coloré. Je n’ai pas fait le lien tout de suite. Après, mes frères et sœurs faisaient du spiritisme quand nous étions jeunes – je voyais les verres qui bougeaient sur la table. C’était incroyable d’être en contact avec un phénomène invisible.

 

De là est née votre curiosité pour le phénomène des abductions ?

 

J’ai étudié la psychologie à l’université de la manière la plus classique qui soit. Mais déjà à l’époque, j’étais curieux de tout ce qui touchait aux expériences extraordinaires. Puis je me suis mis à pratiquer la trans et le chamanisme. Lorsque j’ai lu des témoignages de morts imminentes et à quel point cette expérience avait changé la vie des gens, je me suis simplement demandé « à quoi bon faire des thérapies de dizaines d’années si une seule expérience peut tout changer ? »

 

À partir de là, je n’ai plus fermé la porte. Je suis entré à l’INRES [Institut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires N.D.L.R] où j'ai rencontré le journaliste Stéphane Alix [Auteur de Extraterrestres : l'Enquête N.D.L.R]. C'est grâce à lui que je me suis totalement tourné vers les abductions. Il faut être passé par toutes ces étapes pour accompagner les experiencers.

 

Et que faites-vous lorsque vous êtes certain que la personne n'a pas été enlevé ?

 

Ça dépend du cas. Si c’est un mythomane, il ne va pas accepter qu’on remette en cause sa version des faits. J’ai reçu un patient il y a quelques temps qui avait déjà réussi à endoctriner des ufologues – il se nourrissait de ça, d’être quelqu’un de particulier. C’est classique chez le mythomane. À l’inverse, certains acceptent qu’il ne s’agit pas d’une abduction. Mais je ne dit jamais « vous n’avez pas vécu d’abduction », je ne lui dis pas qu’il est mythomane non plus. C’est une discussion durant laquelle j’oriente la personne vers la bonne direction.

 

Vous pensez que des entités extraterrestres non humaines nous rendent visite ?

 

Ce que je veux, c’est soulager sa souffrance car certains sont détruits depuis cette expérience.

 

Merci.

 

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