Des engins "non humains" détenus par les Etats-Unis ? Pourquoi les propos d'un ancien colonel américain sont à prendre avec des pincettes

 

Les allégations de David Charles Grusch, au début du mois de juin, divisent. Si certains le défendent, plusieurs spécialistes font part de leurs doutes devant le manque de preuves.

L'affaire s'avère aussi sensible que les propos sont fracassants. David Charles Grusch affirme que les Etats-Unis détiennent des engins "d'origine non humaine".

 

Cet ancien membre des services de renseignement américain l'a assuré dans un article du site The Debrief publié lundi 5 juin. Auprès de ce média plutôt enclin à croire en une forme de vie extraterrestre venue visiter la Terre, il relate avoir livré au Congrès des informations classifiées, et qui ont été cachées illégalement aux élus du pays.

 

Selon l'ex-militaire de 36 ans, qui a servi au sein des forces armées américaines en Afghanistan, les Etats-Unis sont en possession d'appareils "intacts et partiellement intacts" grâce à des collectes menées ces dernières décennies. "Il s'agit d'éléments non humains, c'est-à-dire d'origine inconnue ou extraterrestre, d'après leur forme et leurs caractéristiques uniques, comme leur signature radiologique", expose l'ancien colonel de l'US Air Force.

 

Soutenu par d'anciens responsables américains

 

"Cela peut être extraterrestre ou ça peut être autre chose, venant d'autres dimensions telles que décrites par la mécanique quantique", a-t-il complété auprès du Parisien. "Je n'étais pas sûr de leur origine non humaine, jusqu'à ce que je sois briefé sur l'analyse réalisée par les membres de ces programmes sur ces vaisseaux récupérés", a insisté auprès du quotidien français celui qui a travaillé pour l'Agence nationale de renseignement géospatiale (NGA), et spécifiquement au sein de l'équipe chargée d'enquêter sur les ovnis de 2019 à 2021. Il assure avoir reçu de tels briefs "pendant presque une décennie". "Les programmes dont je parle étaient consacrés à de la rétro-ingénierie [c'est-à-dire l'étude d'un objet afin d'en découvrir son fonctionnement et sa conception] à des fins militaires".

 

Dans une interview à la chaîne NewsNation, David Charles Grusch reconnaît qu'il n'a pas vu de ses propres yeux les fameux engins dont ils parlent mais qu'il a vu "des photos intéressantes" et "lu des rapport très intéressants".

De leur côté, plusieurs grands médias américains comme le New York Times le Washington Post et Politico ont eux préféré jouer la prudence et n'ont pas voulu publier son témoignage qu'ils auraient pu avoir en exclusivité, selon Vanity Fair. 

 

Malgré l'absence de preuves avancées, David Charles Grusch est soutenu dans les colonnes de The Debrief par Karl E. Nell, un ancien colonel de l'armée américaine qui a travaillé avec lui, et le présente comme "irréprochable". "Le phénomène de l'intelligence non humaine est réelle. Nous ne sommes pas seuls", déclare également auprès du site spécialisé Jonathan Grey, qui travaille au centre de renseigement pour le National Air and Space Intelligence Center (Nasic). Ce service de l'US Air Force analyse les renseignements militaires sur les forces, armes et systèmes aériens et spatiaux étrangers.

 

"A Dave, mon ami et ancien collègue, merci pour ton courage et ton honnêteté", a de son côté écrit sur Twitter Luis Elizondo. Ce dernier a dirigé, pendant temps, un organe secret du Pentagone étudiant les ovnis, appelé programme d'identification des menaces aérospatiales avancées (AATIP). Ce service a été connu du public après les révélations, en 2017, du New York Times et de Politico (en anglais) sur son existence. L'affaire avait fait grand bruit outre-Atlantique, contraignant les pouvoirs américains qui ont dû mettre fin au dédain qu'ils pouvaient afficher jusqu'alors sur le sujet des phénomènes aériens non identifiés (PAN).

 

De nombreux "lanceurs d'alerte" et "témoins" aux Etats-Unis

 

Les ovnis et les PAN constituent un sujet qui revient de façon récurrente outre-Atlantique. David Charles Grusch "s'inscrit dans une longue série de lanceurs d'alerte ou d'allégations aux Etats-Unis sur les ovnis", confirme auprès de franceinfo le sociologue Pierre Lagrange, chercheur au CNRS, et spécialiste des controverses opposant sciences et "croyances". Il rappelle que John Podesta, ex-conseiller de Barack Obama et ancien directeur de campagne d'Hillary Clinton en 2016, est lui-même convaincu de l'existence de secrets au sein de l'administration américaine sur les ovnis. 

 

"Les propos de David Charles Grusch ne font que relancer le débat", estime également auprès de franceinfo Jean-Jacques Velasco, qui a été pendant vingt-quatre ans responsable du Geipan (Groupe d'étude et d'informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés) créé au sein du Cnes, l'Agence spatiale française. Pour lui, "les propos de David Charles Grusch ne sont pas farfelus et reposent probablement sur des faits vérifiables".

 

Jean-Jacques Velasco souligne que ses révélations se trouvent dans la lignée de celles du livre Au lendemain de Roswell (The Day After Roswell).

Dans cet ouvrage contesté, paru en 2017, Philip J. Corso, un ancien lieutenant-colonnel de l'US Air Force, soutient avoir participé au recueil, à l'exploitation et à l'analyse de débris d'engins extraterrestres récupérés sur le site de Roswell. Comme David Charles Grusch, il y parle de rétro-ingénierie. D'après lui, le procédé a permis la mise au point de grandes applications modernes comme la puce électronique, le laser ou encore la fibre optique.

 

"Nous avons maintenant plusieurs centaines de témoins qui disent avoir assisté ou participé au recueil des débris. Et nous avons une cinquantaine de témoins qui ont eu entre les mains des matériaux [de ces appareils]", précise Jean-Jacques Velasco.

Ces témoins, soulève-t-il, rapportent que ces matériaux avaient des caractéristiques hors-du-commun : extrême finesse, mémoire de forme ou encore résistance aux tirs par arme à feu. Pour autant, il concède que ces récits manquent de preuves matérielles.

 

Le général Jean-Marc Laurent, responsable exécutif de la chaire Défense et aérospatial de Sciences Po Bordeaux, écarte, lui, auprès de franceinfo tout caractère plausible dans les allégations de David Charles Grusch. "Je n'y crois pas (...) Tout ça me laisse pantois", lâche-t-il. 

"Si c'est quelque chose caché depuis des décennies, nous aurions eu des éléments, inévitablement (...) Même les plus grands secrets de la guerre froide, aujourd'hui, n'arrivent pas à être gardés secrets."

Jean-Marc Laurent, responsable de la chaire défense et aérospatial à Sciences Po Bordeaux à franceinfo

 

Interrogée dès le 6 juin sur les allégations de David Charles Grusch, la Maison Blanche a invité les journalistes à se tourner vers le ministère de la Défense des Etats-Unis. La chaîne américaine ABC (en anglais) a ensuite rapporté la réponse d'une porte-parole du Pentagone. Son bureau "n'a pas découvert la moindre information vérifiable pour soutenir les allégations" de David Charles Grusch. 

 

Le ministère a certes mentionné, en 2022, qu'un "nombre croissant" d'objets non identifiés étaient repérés dans le ciel depuis vingt ans, ce qui constitue un potentiel danger pour l'espace aérien des Etats-Unis. Le Pentagone a même déclassifié des vidéos intrigantes montrant des engins aux mouvements impressionnants.

 

 

La Nasa a aussi tenu, début juin, sa première réunion publique sur les PAN.

Objectif : présenter les conclusions de son panel d'experts, qui comprenait notamment des astrophysiciens des et astronautes, et "dé-stigmatiser" la thématique. Un leurre, selon Jean-Jacques Velasco, estimant que la Nasa tente d'investir "plus ou moins ouvertement le sujet" pour mieux cacher d'éventuels éléments vraiment importants.

 

Cette méfiance n'a pas lieu d'être, juge le général Jean-Marc Laurent, qui met en avant son expérience :

"Je suis pilote de chasse, j'ai pas mal d'heures de vol en France et aux Etats-Unis. Je n'ai jamais vu ou entendu, entre pilotes, une quelconque allusion, un témoignage ou des interrogations sur le sujet des PAN." Et de continuer à rejeter toute dissimulation : "J'ai été au plus niveau de la hiérarchie de l'armée de l'air [française]. Et c'est un sujet qui n'a jamais émergé. Ce n'est pas qu'on le cache, c'est qu'il n'y a rien !"

 

Le dossier que David Charles Grusch a transmis au Congrès compte des centaines de pages comprenant des données spécifiques sur les programmes secrets "mais aucun matériel physique lié à l'épave ou à d'autres objets non humains", note The Debrief.

 

"On va bien voir s'il est auditionné par le Congrès et si on lui ordonne de parler. Ça ne plaisante pas. C'est une affaire très sérieuse", a prévenu auprès du Parisien Luc Dini, président de la Commission Sigma 2, au sein de l'Association aéronautique et astronautique de France, qui épluche des cas inexpliqués partout dans le monde.

 

Alors que pour certains le doute plane, une certitude demeure : les preuves irréfutables ne sont pas là. Or, comme l'a résumé le très respecté astrophysicien Carl Sagan, "des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires".

 

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